Quelle éducation pour mon chien ?

J’ai constaté il y a peu que certains ignorent encore le conflit qui oppose 2 types d’éducateurs canin. Il y a d’un côté ceux qui utilisent les méthodes dites traditionnelles, pour lesquels le chien doit être soumis à l’autorité suprême de son maître, et ce par tous les moyens. (Ce qui peut impliquer l’usage des outils coercitifs types colliers étrangleurs, électriques… mais aussi l’intimidation…) Puis il y a ceux qui utilisent les méthodes dites positives et amicales, pour lesquels ce type d’objet est inenvisageable, l’idée étant de créer une complicité avec le chien et de le motiver afin d’obtenir un chien qui obéit.

Dans les 2 cas le but est d’avoir un chien éduqué, donc qui obéit à son maître mais la manière d’y parvenir et la relation tissée avec le chien seront totalement différentes.

Ce faisant l’écho de ce conflit et en vue d’éclairer les propriétaires de chiens sur ces 2 méthodes, Wamiz a organisé, il y a peu un débat sur la question entre Mr Franck Philipp qui utilise les outils coercitifs et notamment le collier électrique et Mme Chloe Fresh qui prône les méthodes d’éducation positive. visible ici: Débat Wamiz

Le but était certainement, d’aider les propriétaires de chiens à comprendre les différences entre ces 2  méthodes et ainsi de les aider à choisir celle leur convenant le mieux (ne parlons pas de celle qui convient le mieux au chien, car je doute que, s’il avait le choix, un chien choisisse la contrainte ou la violence.)

Evidemment Mr Franck Philipp se défend d’avoir recours à la violence et a bien expliqué que les maitres ne criaient pas dans ses cours, néanmoins comment peut-on décemment soutenir que l’usage d’un collier électrique n’est pas douloureux alors que c’est son principe même. Croyez vous que le chien obéirait si la décharge électrique ne lui causait pas une vive douleur ?

Si un milliardaire roulant en Ferrari à 180 km/h sur l’autoroute reçoit une amende sera-t-elle dissuasive ? Bien sûr que non ! Votre chien n’est pas différent, s’il ressent un simple picotement inutile d’espérer qu’il cesse de courir après les chats et revienne vers vous, si ce collier « dit de rappel » fonctionne, parfois, c’est en raison de son effet dissuasif, mais pour ce faire il se doit d’être douloureux.

Rien ne peut justifier l’usage de tels outils alors que, et ma collègue Chloé Fresh l’a rappelé à plusieurs reprises, l’on peut obtenir les mêmes résultats en utilisant d’autres méthodes, sans employer la douleur ou la contrainte, en basant l’éducation du chien sur la motivation, la complicité et la connaissance. Mais cela Mr Franck Philip a refusé de l’entendre, souhaitons que les auditeurs eux l’aient compris.

A écouter Mr Franck Philipp, quelque soit le problème rencontré, la solution est simple, il maîtrise son sujet sur le bout des doigts (et pour cause, voilà 20 ans qu’il fait LA MEME CHOSE avec TOUS les chiens !) et se résume en 3 points :

  • Le chien est inséré dans une meute : pas très pratique si vous n’avez pas de meute chez vous, mais qu’à cela ne tienne il vous propose de prendre votre chien pendant que vous vaquez à vos occupations. Personnellement je préfère apprendre au maître comment créer une relation avec son chien, comment le motiver, comment il apprend… Lui montrer comment faire puis lui faire faire, pour enfin le laisser faire.
  • Le chuuuuuuut prononcé pour calmer le chien (il paraît que cela fonctionne aussi très bien sur les enfants, à se demander pourquoi tant de profs ont du mal à avoir le calme dans leur classe ?!!) Personnellement je préfère le son du clicker, annonciateur d’une friandise, plutôt que le chuuuuut : synonyme d’une contrainte en l’occurrence le plaquage.
  • Les manipulations : renverser le chien sur le dos, telle est LA solution pour prendre l’ascendant sur son chien (à moins que ce soit une manière rapide de… se faire mordre ! sauf muselière bien sûr, mais encore faut il pouvoir lui mettre !) Personnellement je ne cherche pas à être le chef, c’est le meilleur moyen pour qu’il tente de me détrôner, je préfère lui apprendre avec patience ce que j’attends de lui.

En clair que votre chien fugue, qu’il détruise, qu’il soit agressif, qu’il aboie…. Une seule « potion magique » : la meute, le chuuuuut les manipulations. Certains éducateurs dans le même genre, vous diront, quel que soit le problème, que votre chien est dominant et qu’il vous appartient simplement, de lui montrer qui est le chef.  Mais je regrette de devoir dire, à ceux qui croiraient à ces belles paroles qu’il s’agit au mieux d’un placebo, au pire d’un poison.

Nous étions dans un débat qui ressemblait fort aux débats politiques avec celui qui vous promet LA solution miracle à tous vos problèmes quand en face Mme Chloe Fresh vous explique que les choses sont plus complexes, et vous demanderont certainement d’avantage d’efforts. On peut être tenté d’aller vers la facilité mais nous savons tous que celle-ci ne nous mène jamais très loin.

Mme Chloé Fresh a tenté, avec une patience que j’admire, de faire comprendre à Mr Franck Philip qu’à chaque problème posé par un chien à son propriétaire il fallait une analyse globale de la situation pour comprendre pourquoi le chien fugue par exemple, car la solution dépend de la cause. Chacun comprendra j’espère, que l’on ne va pas traiter de la même manière un chien mâle entier, qui cherche à rejoindre une femelle en chaleur, et un chien qui s’ennuie. Il est vrai que si on veut mettre un « collier anti fugue » au chien nul n’a besoin de savoir pourquoi il fugue, encore que, justement cet outil, connaît des échecs quand la motivation à sortir est très puissante. En d’autres termes il marchera, sans doute, sur un chien qui fugue par ennui (mais ne soyez pas naïfs il faudra bien que le chien s’occupe et pour cela il pourrait se mette au jardinage…. A sa façon bien sûr !) En revanche ce même collier dit « anti fugue » risque de s’avérer parfaitement inefficace face à l’instinct de reproduction.

Dans ces conditions, chacun devrait comprendre l’importance de connaitre la motivation du chien dans le comportement gênant afin d’y remédier. Mais Mr Franck Philip n’en a que faire il prétend vouloir du concret, des réponses immédiates et donc forcément toutes faites, quel que soit le problème. Et voilà que le débat, qui aurait pu être intéressant, tourne court puisque Mr Philip croit pouvoir résoudre n’importe quel problème grâce à un entretien téléphonique de 15 minutes, quand nous, les éducateurs comportementalistes comme Chloe Fresh, savons combien la recherche de la cause du problème est la base d’une solution efficace et durable.

Imaginez une lampe de chevet qui ne s’allume pas. On peut répondre « y a qu’à » changer l’ampoule bien sûr. Mais peut-être que les chats en jouant ont tiré sur le fil et simplement débranché la prise ? ! A moins que le lapin laissé en liberté ai rongé le fil  ou que le disjoncteur ait sauté suite à l’orage tec… Dans ce cas vous aurez beau changer l’ampoule… !!!

Et j’irais même plus loin il ne suffit pas de connaître la cause du comportement encore faut il connaitre le chien en question et ses préférences. Imaginons que nous ayons identifié qu’un chien détruit par ennui et non par stress, qu’allons-nous lui proposer ? Personnellement j’aime lire (et pas toujours le même livre) quand d’autres préfèrent courir. Pour être efficace, on doit s’adapter au chien, au maître et au couple qu’ils forment, alors, non cela ne se fait pas en 15 minutes, en revanche les résultats sont là, puisque la solution proposée est adaptée à la situation et individualisée.

Alors si vous devez choisir un éducateur canin voici quelques conseils :

  • Fuyez celui qui vous demande d’être le chef de meute (le chien et l’homme ne forment pas une meute puisque nous ne sommes pas des chiens )
  • La violence engendre la violence, aussi je vous recommande d’éviter tous ceux qui y ont recours.
  • Allez vers celui qui cherche la cause du problème plutôt que celui qui traite uniquement celui-ci (si vous avez de la fièvre, un doliprane peut la faire tomber, mais la maladie elle subsistera)
  • Evitez l’éducateur qui punit le chien entrain d’apprendre (si votre prof de piano vous donnez des coups de règle sur les doigts à chaque fausse note lors de votre première leçon, aimeriez-vous le piano ? apprécieriez-vous le prof ? apprendriez-vous ?)
  • N’allez pas vers ceux qui mettent le chien en faute afin de le punir, pour résoudre le problème (par exemple si votre chien aboie lorsqu’il voit un congénère, certains mettront en place les conditions pour qu’il aboie afin de le punir, c’est spectaculaire évidemment mais dangereux à long terme) Au contraire un éducateur canin en méthode positive fera en sorte que le chien n’aboie pas afin de récompenser ce bon comportement.
  • Méfiez-vous de ceux qui n’ont aucune formation, juste de l’expérience  (formation de base et continue : on ne peut pas vivre sur ses acquis pendant 20 ans): la curiosité, l’avidité de savoir, et la remise en question, dans ce métier, comme dans bien d’autres, sont indispensables, pour faire un bon éducateur canin.
  • Rappeler vous qu'être positif signifie respecter le chien et ses besoins tout comme l'humain qui l'accompagne.

Frédérique BASTIDON
Un monde d'amis
Février 2017